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    January, 2009

    Frites Fricadelle chez ma tante (pas a Bergues..)

    la cheminée rouillée de la cht'i baraque a frites laisse échapper de la vapeur blanche. Mes narines, elles s’ouvrent et se ferment comme des ventouses pour ne rien perdre de cette odeur qui me fait saliver. J’aime bien les frites L’odeur de graisse chaude a envahi la rue . La lucarne arrière de la caravane s’ouvre et, comme toujours à cette heure, Ma tante affiche ses tarifs.. Cette baraque, je la voyais tout les samedis . « Le samedi soir, c’est jour des frites ! » on disait lorsque j’étais gamin. Le jour qui précède celui du saigneur, « c’était frite ! ». Mais les frites, « ça pue ! ça empeste, les frites ! ça schlingue, les frites ! » qu’elle disait ma grand mère, alors, pas question d’en faire à la maison . Une fois par semaine, « c’était frites », comme dans toute bonne famille du Dunkerquois. Les frites étaient réservées au samedi soir, voilà tout… mais hors de la maison. Rapport à la graisse de boeuf et tenace odeur que dégageait la cuisson de ces foutues frites. Pas question d’en taper dans la graisse bouillante à l’intérieur de la maison, autant même valait-il mieux ne pas y penser. Alors les frites, on les achetait dans une cahute , une baraque en tôle zinguées, blanche, avec des volets enroulants en ferraille vert et orange, éclairée par un néon . ma tante, fière de son permis d’exploitante, s’était installée pas loint de la gare, à mi-chemin entre ma maison et le cinema de Saint pol sur mer Parce qu’il faut que je dise : le samedi soir, c’était cinéma aussi. On allait au Colisée Ma tante personne ne savais son nom tout le monde disait on va manger des frites prés de la gare chez ma tante,j'admirais comment ladite ma tante après avoir pris une pleine poignée de pommes de terres crues qu’elle avait découpées en bâtonnets tout l’après-midi, les plongeait dans le blanc de bœuf bouillant. Ça pétait, ça frissolait dans un grand TCHHHrrrr lorsque les frites entraient en contact avec le liquide. L’effervescence éclatait… Des volutes blanches s’élevaient, instantanément… marmite des sorcières. Ma tante se démenait devant ses baquets, comme une luisante invitation à la débauche. Moi, je regardais ses dessous de bras, la ligne de ses gros seins au travers de son tablier blanc, le mouvement flasque de ses cuisses lorsqu’elle y secouait les mains après avoir salé les frites en les envoyant en l’air à trois ou quatre reprises, en vraie pro de l’équilibrisme. Les auréoles de graisse se déposent partout, sur les parois, les ustensiles, le front et la gorge de Ma tante, ointe et odorante. Ce spectacle me fascinait. Lorsqu’elle vous tendait le cornet de frites, Ma tante était obligée de se pencher en avant . Sa poitrine, habituellement emballée dans un soutien gorge matelassé couleur chair, s’épanchait sur le comptoir de la roulotte et je crois que nos yeux, à mon copain Tintin et moi, sortaient de nos orbites. Sur le sein droit, juste à la jonction avec le torse,Ma tante portait un faux grain de beauté. Depuis, j’ai appris que ça s’appelait une mouche, et c’est lui qu’on espérait apercevoir, chaque samedi. On se serait damné pour ce spectacles. Ma tante provenait d’une longue famille de fritier. Elle-même avait commencé dans la frite quelques vingt six ans auparavant, dès que ses quatorze ans étaient là. Mais ce fut un choix délibéré, Ma tante n’était pas faite pour les études… Elle avait rien contre, mais c’était pas pour elle. Y’a des gens comme ça, que les études, c’est pas pour eux. J’en ai pas faites non plus c'est pour cela que je fait des fautes d'ortographe. Son coup de poignet était unique quant il s’agissait de secouer les frites entre chacune des deux cuissons ce spectacle faisait partie du goût de fête de ces frites du samedi soir. Tintin et moi, on le mangeait en traînant le pas pour rentrer chez nous… On marchait lentement pour éviter la plus grande frustration qui soit : terminer la paquet chez soi, avec des couverts, et non « à la sauvage » comme disait ma grand mére. La baraque a frite de Ma tante était installée à l’angle du panneau de signalisation rouge et blanc qui interdit de garer tout véhicule à cet endroit et si par hazard un type venais se garé devant sa baraque elle apellait les flics pour faire dégage la bagnole. Elle était comme ça ma tante, grasse et méchante, ça lui faisait une légende, et par la même occasion de la publicité. « Une réputation que ça me fait » comme elle disait, avec un accent flamand de première qualité. J’aurais, si j’en avais eu le temps, admiré des heures durant comment elle pressait ses grosses mains aux veines noires sur les becs-verseurs des pots de sauce. Y’avait tout chez Ma tante, même la légendaire sauce Samouraï, un condiment blanchâtre, assez crémeux et sans goût, mais qui enflammait la bouche. J’avais essayé pour faire le malin, un jour que mon pote Tintin et moi en étions à l’extériorisation de signes de virilité précoce. On a tous ses expériences foireuses… Le jour d’un carnaval. C’est le jour que Ma tante est morte. Et puis, on ne sait pas très bien… moi, j’arrive pas a comprendre.  On l’a retrouvée morte, sur le sol de la roulotte . Deux versions circulent. La première raconte qu’elle serait tombée la tête la première dans son baquet de graisse. Sa tête, frie, se serait détachée de son corps et on n’aurait retrouvé qu’une petite boulette noire au milieu des frites crâmées. La seconde version est plus ou moins identique. Sauf que Ma tante aurait valsé dans l’éplucheuse à patate. Lorsqu’on l’a retrouvée, c’est usée qu’elle aurait été, sa tête… Moi, j’ai senti de grosses larmes couler depuis mes yeux. La morve me coulait du nez et se mélangeait avec la salive, sur ma lèvre inférieure. Mais pas un son ne sortait de moi. Pas un. J’ai même pas reniflé, j’étais trop fasciné par les gyrophares de l’ambulance. …

    Chez ma tante y avais pas de fricadelles, mais des bonnes saucisses !!!!

    C'est con pour Dany Boon !!!!